Limoges


Céramiques

Généralités

Les sites traversés par notre route rencontrent les différents modes de fabrication
de céramiques qui se distinguent selon la composition de l'argile utilisé :
terre cuite, cuisant à 980 °C, faïence à 1000 °C, grès à 1300 °C et porcelaine
à 1400 °C.
Terres cuites néolithiques, vases grecs du 7ème siècle avant J.C., briques émaillées
du palais de Darius à Suse datant de 521 avant notre ère marquent les constantes
innovations de l'homme au cours de l'histoire.
En France les sites de la Graufesenque, près de Milhau, et de Bram dans l'Aude
attestent de l'antiquité de l'industrie de la terre cuite.


Bernard Palissy

  
Bernard Palissy, né à Saint-Avit près d'Agen selon la tradition orale, s'installe
à Saintes vers 1535 où il exerçe les activités de " peinture ", de " vitrerie "
et de " pourtraicture " (arpenteur-géomètre).
Marié avec la nièce d’un potier, Catherine Leconseil, il entre dans la confrérie très
fermée des potiers de La Chapelle-des-Pots qui est un centre de la poterie
saintongeaise depuis le 13ème siècle.
Pendant une vingtaine d'années, il recherche le secret de la fabrication de l’émail,
propriété des céramistes italiens. Il décrira sa quête dans " L’Art de terre " en
particulier l'épisode au cours duquel il doit brûler plancher et meubles de sa
maison pour entretenir son four.
Dans les années 1550, ses poteries dont l’émail polychrome imite le jaspe ou le
marbre, et ses " bassins rustiques " au décor moulé sur nature lui valent une
grande renommée. Le connétable Anne de Montmorency lui passera diverses
commandes dont une grotte pour son château d’Écouen.
Palissy, passé au protestantisme et ayant participé à l'organisation de l'Eglise
réformée de Saintes, est incarcéré à la Conciergerie de Bordeaux en 1562 après
avoir été déjà inquiété en 1558. Catherine de Médicis, à qui il avait été présenté à
La Rochelle et dont l'intervention est favorisée par Montmorency, lui donne le titre
d' " Inventeur des rustiques figulines du Roy et de Mgr le duc de Montmorancy ".
La reine mère lui confie la réalisation d’une grotte rustique dans le jardin des
Tuileries dont des fouilles révélèrent, entre autres, un four à émailler.
La Saint-Barthélemy, en 1572, le fait fuir à Sedan où il trouve refuge avec sa
famille, continuant son activité de céramiste-décorateur.
De retour à Paris en 1576, il est emprisonné de décembre 1586 à janvier 1587,
puis condamné à mort par la Ligue en 1588, toujours en raison de sa religion.
Sa peine commuée lui vaut de mourir de " faim, nécessité et mauvais traitement "
à la Bastille en 1590.
Sa production originale revint à la mode au 19ème siècle grâce Charles Avisseau,
Renoleau à Angoulême, Georges Pull à Paris.

webographie
   www.ac-rouen.fr/lycees/palissy/palissy/palissy.htm

La faïence

        
Ce sont les céramistes italiens qui ont apportés la technique faïencière en France,
en particulier à Lyon, seconde capitale française depuis l'installation de Charles VIII
dans la ville à l'occasion de ses tentatives de conquêtes en Italie. Le terme de
faïence est tiré du nom de la ville de Faenza en Toscane, grand centre de
faïencerie italien. En 1581, Montaigne, lors de son voyage d'Italie, note dans son
Journal : " Je trouvais les faïences blanches de Faenza à si bon marché qu'elles
me paraissaient véritablement d'un usage plus agréable pour le service de table
que l'étain de France ".
En 1512, on repère à Lyon Angelo Benedetto, " faiseur de faïence blanche " venu
de Florence. Les règnes de Henri II et de Charles IX sont marquées de l'essor de
la faïence ainsi que de l'imprimerie. Les motifs peints sur faïence s'inspireront
d'ailleurs des gravures de livres, comme les " Quadrins historiques de la Bible "
édités par le Lyonnais Jean de Tournes.

La faïence à Lyon connaîtra une succession de replis et de renouveau dus à la
fluctuation de la concurrence.
Une importante fabrication de pots à pharmacie s'étale sur trois siècles, du 16ème
au 18ème, s'inspirant des blancs de Faenza puis de Nevers.
Vers 1645, de nombreux potiers sont installés dans le quartier de Bourgneuf,
aujourd'hui quai Pierre Scize. La production subit l'ombre hégémonique de Nevers
qui fournit toute la France au 17ème siècle.
Le renouveau de la faïence à Lyon à partir de 1732 s'affirme avec l'installation par
Joseph Combe de la Manufacture royale à la Guillotière. L'empreinte de Moustiers
et de Marseille domine toute la production qui s'arrête en 1773. Les Revol
s'activeront aussi dans la seconde moitié du 18ème siècle et participeront
au renouveau de la faïence au 19ème, illustré aussi par l'installation du Roannais
Sébastien Nicolas à Lyon en 1816 quai Pierre Scize.

L'homogénéité de la production dans les années 1838-1850 et l'absence de
personnalité affirmée, ne permettront plus de distinguer les centres comme
Clermont-Ferrand, Roanne et Lyon. Clermont-Ferrand connut la faïence tardivement
puisque ce n'est qu'en 1730 que le premier faïencier Matthieu Perrot s'installe dans
la capitale auvergnate. L'activité, qui s'arrête en 1748, est caractérisée par une
cuisson de grand feu - c'est-à-dire que la pâte et le décor sont cuits en une seule
fois - et en camaïeu bleu. Ce n'est qu'en 1775 que la production repart avec Donat
Verdier, évoluant vers des couleurs plus gaies jusqu'à la fin vers 1850.

Bibliographie
   Dorothée Guillemé Brulon, Lyon et Nevers, Massin 1997
   Antoinette Faÿ-Hallé, La Faïence en Europe, Flammarion 1988

L'arrivée de la porcelaine

  
Le décor faïencier évolue avec l'introduction de la porcelaine de Chine en Europe.
A Strasbourg vers 1720, le Hollandais Joseph Hannong a l'idée de peindre avec
des oxydes métalliques un décor sur l'émail cuit, ce qui développe la palette de
coloris, et de cuire une nouvelle fois, ou plusieurs autres fois si c'est nécessaire,
le tout à moins hautes température : c'est le petit feu. La faïence stannifère sera
concurrencée par la faïence fine anglaise - à pâte blanche et à glaçure
tranparente - qui, par le traité commercial de 1786, envahira la France, acculant,
en particulier, les faïenceries rouennaises à la faillite.
Avant de pouvoir réaliser de la vraie porcelaine (porcelaine " dure "), les Européens
créent de la porcelaine tendre à l'aspect doux et velouté. Mais, un jour de 1709,
l'alchimiste saxon Böttger s'intéresse à la poudre que répandait son coiffure sur sa
perruque. Böttger la fit analyser par son ami physicien von Schirnhausen qui
reconnutdu kaolin, substance portant le nom de la montagne chinoise Kao-Ling.
Les carrières de Meissen furent exploitées et nationalisées et donnèrent
naissance à la célèbre porcelaine de Saxe. La porcelaine est une pâte translucide
alors que la faïence est opaque.
C'est encore le hasard qui, en 1765, permit à Monsieur Darnet, médecin de son
état, de découvrir du kaolin en Limousin grâce à sa femme qui l'utilisait pour sa
lessive. Le gisement apparaissait derrière leur maison.
Alluaud, Grellet et Pouyat, propriétaires de gisements, font le commerce de la pâte
à Paris et en Europe. La première manufacture de porcelaine à Limoges est créée
en 1771, à l'instigation de Turgot alors Intendant général du Limousin, au sein de
la faïencerie Massié, et fut achetée en 1784 par la Manufacture de Sèvres qui la
détint jusqu'en 1794.

De nouvelles manufactures s'installent par la suite. Les descendants de Pouyat
mettent au point une porcelaine blanche immaculée qui se passe de décor.
En 1842, l'Américain David Haviland vient à Limoges choisir des porcelaines
pour les Etats-Unis. Il crée dans la ville ses propres ateliers.
L'art contemporain va s'adapter très bien à la porcelaine : Art nouveau avec Jouve,
de Feure, Colonna, plus tard Dufy et Van Dongen et aujourd'hui Lichtenstein,
Puttmann, Arman Gagnère...

Bibliographie
   Dominique Chantal, Faïences et porcelaines, Historia n° 137
   Antoinette Faÿ-Hallé, La Faïence en Europe, Flammarion 1988
   Irène Lassus, L'ABC de la Céramique, Flammarion 2001

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