Limoges


Montaigne de passage à Limoges


  
" Je respons ordinairement à ceux qui me demandent raison de mes voyages :
que je sçay bien ce que je fuis mais non pas ce que je cerche "
Michel de Montaigne, Essais, Livre III, Chap. IX, De la vanité

Dans son Journal du Voyage de Michel de Montaigne en Italie, le philosophe
décrit son périple dans l’Est de la France, en Suisse, en Allemagne et en Italie,
commencé le 12 juin 1580.
La dégradation de sa santé qui se manifeste par des crises de coliques
néphrétiques depuis 1576 ou 1577 le persuade de partir en cure à Plombières puis
à Lucques en Italie. Mais c’est aussi comme simple curieux, soldat de Henri III et
agent secret de Catherine de Médicis qu’il entreprend le voyage, espérant obtenir
une ambassade à Venise ou à Rome. Ayant achever ses Essais et surveiller leur
édition, il rejoint les armées du roi au siège de La Fère, ville prise quelque temps
auparavant par les Protestants. La ville se rend à Matignon, et Montaigne poursuit
sa route qui le mènera jusqu’à Rome dont il apprécie plus le caractère vivant que
les ruines antiques.

C’est de retour de la Ville éternelle qu’il rejoint en partie notre route de Lyon à
l’océan. Son témoignage est très prosaïque et relate simplement sa vie de
voyageur et surtout ses ennuis de santé.
" Le mardi après disner, je prins la poste et vins coucher à Lyon, deux postes,
trois lieues. La ville me pleut beaucoup à la voir.

Le vandredi j’achetai de Joseph de la Sone, trois courtaus neufs par le billot deux
cents escus ; et le jour avant avois acheté de Malesieu un cheval de pas de
cinquante escus, et un autre courteau trente trois.
Le samedi jour de Saint-Martin, j’eus au matin grand mal d’estomac, et me tins au
lit jusques après midi qu’il me print un flux de ventre ; je ne disnai point et soupai
fort peu.
Le dimanche douze de novembre, le sieur Alberto Giachinotti, Florentin, qui me fit
plusieurs autres courtoisies, me dona à diner en sa maison, et m’offrit à prester de
l’argent, n’aïant eu conoissance de moi que lors.
Le mercredi 15 de novembre 1581, je partis de Lyon après dîsner, et par un
chemin montueus vins coucher à Bordelière, cinq lieues, village où il n’y a que
deux maisons.

De là jeudi matin fimes un beau chemin plein, et sur le milieu d’icelui près de Fur
[Feurs], petite vilete, passâmes à bateau la rivière de Loire, et nous rendismes
d’une trete à l’Hospital [L’Hôpital], huit lieues, petit bourg clos. […]

Le dimanche 19 de novambre , je vins disner à Clermont, deux lieues, et y arrestai
en faveur de mes jeunes chevaux.

Lundi 20, je partis au matin, et sur le haut du Puy de Doume randis une pierre
asses grande, de forme large et plate, qui estoit au passage depuis le matin, et
l’avois santie le jour auparavant ; et come elle vousit choir en la vessie, la santis
aussi un peu aus reins. Elle n’étoit ni molle ni dure. […]

Le jeudi 23, aïant tousjours ma teste en ceste estat, et le tamps rude, je vins
coucher à Sauviac, cinq lieues, petit village qui est à monsieur de Lausun.

De là je m’en vins coucher lendemain à Limoges, six lieues, où j’arrestai tout le
samedi ; et y achetai un mulet quatre vingt dix escus-sol ; et païai pour charge de
mulet, de Lyon là, cinq escus, aïant esté trompé en cela de 4 livres ; car toutes
les autres charges ne coutarent que trois ezscus et deu tiers d’escus. De
Limoges à Bordeaus, on paie un escu pour çant. "

Montaigne s'écartait cependant de notre route en passant à L'Hôpital, Thiers,
Pontgibaut, Pontaumur, Felletin, Sauviat avant de rejoindre Limoges et de
bifurquer vers Périgueux.

Bibliographie
   Michel de Montaigne, Oeuvres complètes, La Pléiade-Gallimard, 1962

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